Un pacte pour la réussite de l’entreprise

Dans cet épisode nous allons proposer un pacte pour la réussite de l’entreprise comme pour celle de ceux qui la font vivre.

La réussite d’une entreprise c’est simple comme bonjour.

Bonjour.

Oui, un bon produit ou un bon service, un bon marketing et des super commerciaux pour le fourguer à des clients, un bon modèle de production où tout le monde marche à la baguette et hop le tour est joué.

Je me disais bien que cela allait être un peu simpliste. C’est le charme de celles et ceux qui croient savoir et qui ne savent pas qu’ils croient. Il ne manque plus que réduire la complexité du monde à quatre cases et la boucle est bouclée.

Dans ce cas, on est sûr qu’il en manque une en effet. Bien sûr, la réussite collective est complexe et multifactorielle et il n’y a pas de recette miracle et encore moins de pierre philosophale.

Puisqu’on parle de croyances, en la matière, partageons donc quelques-unes de nos propres convictions, à défaut de détenir une quelconque vérité. Alors, un pacte pour la réussite de l’entreprise, c’est quoi l’histoire ?

Pacte. P, A, C, T, E. Voilà pour le moyen mnémotechnique. Facile, comme les objectifs SMART ou tous ces autres acronymes qu’on aime bien. Ou pas.

P. Le P de la Pédagogie, un P majuscule. Celui d’où tout part. Au commencement, la mission, la vision et les valeurs. Mais aussi la pédagogie du projet pour conduire cette raison d’être au succès.

Cela aurait pu être le P de Pourquoi, mais on le sait, il faut l’expliquer sans cesse, et pas seulement là où on va mais aussi pourquoi on y va. Dit autrement, le contexte, les contraintes qui légitiment nos décisions.

Le P de point de départ aussi, à savoir le projet. Il ne s’agit donc pas de remettre l’humain au cœur de l’entreprise mais remettre l’entreprise dans le cœur des humains, pour reprendre une expression qui nous est chère avec notre ami Patrick Bouvard.

Manager c’est une pédagogie de tous les instants.

A ensuite, pour Authentique. Ne serait-ce que pour que chacun et chacune acquièrent la conviction d’un certain alignement, comprennent que les décisions, même lorsqu’on fait des erreurs, s’inscrivent dans le sens de l’intérêt du Bien Commun, en l’espèce, l’entreprise et son projet.

Mais authentique c’est aussi regarder et accepter le réel tel qu’il est comme fondement de nos décisions.

C’est ne pas jouer sans cesse sur les peurs pour légitimer des transformations infondées qui nous arrangent mais c’est au contraire expliquer ce qu’une transformation constante – liée aux contraintes du réel – nous impose.

Il s’agit donc d’accepter ses propres imperfections, personne n’est exemplaire, mais témoigner, notamment par un discours de preuves, qu’on fait du mieux qu’on peut pour essayer.

Ne doutons pas un instant sur ce sujet que les collaborateurs, comme les autres parties prenantes d’ailleurs, ne soient pas dupes. Le washing ne paie pas dans la durée.

Il ne s’agit pas là de dire LE vrai mais d’apprendre à dire vrai, au sens de l’éthique de la vérité chère à Michel Foucault – la « parrêsia » – même si cela nous expose. Car c’est de ce vrai que dépend le sentiment de justesse.

Toute une question de confiance.

C comme culture. Il s’agit là de comprendre que le succès collectif réside peut-être plus dans la culture d’une entreprise que dans la perfection méthodique de ses processus et modèles organisationnels.

La culture, au sens de ce que nous formons tous ensemble, et qui est un ensemble vivant qu’on n’édicte pas – c’est plutôt une résultante de ce que nous sommes collectivement – conditionne effectivement tout.

C’est à la fois son identité mais aussi tout le reste à savoir ses habitudes de travail, ses croyances partagées, ses valeurs etc. et, en effet, cet ensemble détermine ce que nous faisons et la manière dont nous le faisons. C’est le terreau sur lequel tout pousse.

Avec les meilleurs outils et méthodes, la manière dont on pense les choses – y compris pour un programme digital par exemple – n’est que le reflet de notre culture. Il faut donc faire de cette culture un atout, une force.

T pour Travail. Parce que c’est bien ce dont il s’agit, une entreprise. Une entité dans laquelle on travaille à savoir des femmes et des hommes mais aussi des machines et des programmes. Or, quand on parle de ce que les canadiens surnomment le PFH ou le « Putain de Facteur Humain », on parle de ce à quoi il est confronté et c’est bien le travail.

C’est le premier sujet de la santé mentale au travail et des éventuelles causes de mal-être dont il peut être la source, y compris de nature systémique. Donc, on parle ici d’une entreprise qui connaît et comprend le travail réel, qui s’y intéresse vraiment et le respecte.

Doit-on ici rappeler que coopérer c’est faire œuvre ensemble, et que pour cela, il faut déjà travailler ensemble, c’est la condition minimale, ce qui suppose de faire un effort ensemble, collaborer.

Il ne suffit pas de nommer pudiquement la réalité du travail à laquelle le corps social est exposée « expérience collaborateur » pour que – soudainement comme par magie, on réenchante l’entreprise et que les difficultés du réel s’estompent.

Enfin, le E d’équilibre. Un mot qu’on peut prendre dans le cas présent au pluriel. Une entreprise qui préserve des équilibres, peut-être aussi le sens des nuances.

D’abord un équilibre entre les parties prenantes et leurs exigences respectives pour éviter que l’édifice social ne soit bancal. Ce n’est pas renier leurs intérêts, qui sont d’ailleurs le plus souvent dans leur rôle, mais au contraire veiller à un juste équilibre.

Un excès – pour ne pas dire un asservissement aux intérêts d’une seule d’entre elles – est ainsi parfois une des causes sous-jacentes de souffrance au travail, comme un excès de financiarisation par exemple.

Il s’agit donc peut-être aussi veiller aux contrepouvoirs, dans l’esprit du fou du roi pour que le roi ne devienne pas fou, mais aussi de les respecter, voire favoriser leur saine expression.

Mais les équilibres dont il s’agit, c’est aussi ceux des choix organisationnels, entre la norme et son adaptation au réel, entre le modèle et la vie ! Entre une exigence de productivité immédiate et d’adaptation constante.

Entre le temps de la culture et celui des affaires, entre vie privée et professionnelle sans les opposer binairement, etc. La liste pourrait être longue pour que de ces équilibres naissent une dynamique vertueuse et non pas instabilité et perturbation constante.

5 orientations ou 5 vertus, valeurs, principes, mettez-les mots que vous voulez mais qui nous semblent clés pour qu’un collectif réussisse sans que cette réussite ne se fasse au détriment des autres.

P.A.C.T.E ou un pacte pour une réussite partagée.

En résumé, la réussite collective exige a minima une pédagogie constante de la mission et de ce qui en découle, fondée sur une authenticité fondatrice de confiance, qui nourrit une culture dont on fait une force, en plaçant le travail et ses conséquences au cœur de l’édifice social, et en veillant à ce que dernier soit équilibré notamment entre les parties prenantes.

J’ai bon chef ?

Oui tu as bon mais on ne va pas en faire toute une histoire.