Quand on oublie le check out

Dans cet épisode nous allons parler d’un sujet qu’on oublie parfois, le check out d’un collaborateur qui part.

Tout est bon pour attirer le chaland, on invente monts et merveille, on fait la danse du ventre, les enchères montent et parfois on y cède même au risque de péter l’équité interne. Pression sur le recrutement oblige.

On a même découvert un jour la pertinence du on boarding. Certes, parfois on le rate quand l’atterrissage est rude ou qu’on a tenté le coup de la maison témoin fake, mais quand même.

On a compris qu’être bien accueilli c’était un bon moyen pour éviter que les gens repartent aussi vite qu’arrivés.

C’est vrai qu’on développe des trésors avant, parfois aussi pendant parce qu’on veut faire venir et garder les meilleurs. On connait ce vieil adage de la fonction RH, « attirer, retenir et motiver ». Diable qu’il est désormais vieillot.

Et surtout incomplet. Parce que lorsque les gens partent de l’entreprise, là, souvent, on est moins vigilant. Alors, quand on oublie le check out, c’est quoi l’histoire ?

On ne vous parle pas ici de cette idée simple qu’une formule résume à elle seule : partir en bons termes. Cela marche pour les deux parties évidemment. On le sait, les salariés qui partent sont de futurs ambassadeurs dehors.

Ou pas. Mais ça c’est une autre histoire. Une histoire que les entreprises les plus malines et attentives connaissent depuis longtemps. En revanche, il y a un truc qui est parfois bien mal bordé, même dans des entreprises dont les processus sont réglés comme du papier à musique.

Le check out. Genre comment tu te barres, avec quoi, ce qu’il faut fermer, rendre etc. La liste est longue.

Pour prendre la mesure du sujet, on va prendre des exemples observés au hasard de nos pérégrinations. Certains vous feront sourire en vous disant non sérieux ils n’y ont pas pensé ? Puis, peut-être vous direz vous mais chez nous, c’est comment ?…

On commence par une classique, avec les voitures de statut. Le dirigeant qui, en partant, te la rend dans un état qui te laisse une jolie facture que tu découvres après. Trop tard, une fois le solde de tout compte fait et payé.

Bon ce n’est pas très élégant, mais l’élégance n’est pas une affaire de statut. Juste de savoir-vivre. On en a vu.

Les petits malins aussi qui se débrouillent pour garder un accès au parking de l’entreprise. J’en connais un qui, pendant plus d’un an après son départ, s’y garait encore joyeusement. Dans certaines villes, autant te dire que c’est une belle économie.

Après tout, parfois il suffit d’être pote avec le gardien… Jusqu’au jour où, à la faveur d’un audit de sécurité, on se demande à qui peut bien appartenir la voiture garée au 2ème sous-sol tout le week-end…

Alors mon ami, as-tu bien rendu ton ordi, tes clés, ton badge et la batterie de rechange de ta trottinette de fonction. Bon, là encore cela paraît des évidences. Mais tu as intérêt à bien gérer tout cela, sinon le pas vu pas pris, c’est la règle que certains t’imposeront.

Le droit à l’oubli pour le salarié, juste, ce n’est pas le droit d’oublier ce que tu es supposé rendre même si on a oublié de te le réclamer !

En matière d’oubli, parfois ils sont tout con. Tiens j’en connais qui ont oublié d’annuler leur abonnement à je ne sais quel service cloud et pas de chances la carte bleue de la boîte y était encore. Enfin, je dis ça, je ne dis rien hein.

Que dire de la gestion de tous ces comptes, entre tes emails, les packages informatiques, les licences de ci ou de cela. A vrai dire, normalement c’est suivi et géré. Mais la vérification à la sortie ne l’est pas toujours aussi bien et les surprises arrivent après.

D’autant que cela implique toujours plusieurs services… logistique, informatique, RH bien évidemment dont la propension à œuvrer de concert est parfois perfectible.

Quand on observe les pratiques d’entreprises, la RH s’est souvent préoccupée de réaliser des entretiens de départ, à juste titre d’ailleurs. C’est vrai qu’on y apprend ce qui ne se disait pas avant. Mais elle a aussi beaucoup moins maîtrisé le check out concret.

Parce que le problème est assez simple à décrire. Une fois le solde de tout compte fait, tout compte fait, c’est too late ou alors on imagine le parcours du combattant dont le coût administratif et en temps pour les équipes ne valent peut-être pas la peine.

Le premier réflexe, c’est de conditionner le versement du solde de tout compte à l’apuration des trucs importants. Mais pour faire cela encore faut-il avoir une gestion rigoureuse de ces trucs importants.

Pour apurer des comptes, en effet, il faut d’abord les tenir. C’est vrai. Mais le sujet ne se limite pas aux trombones, gommes et cahiers à spirales qu’il faudra que tu rendes en partant. C’est aussi des règles de bonne gestion sur des éléments immatériels.

Quelle gestion des emails entrant sur une adresse qui n’existe plus, pendant combien de temps la garde-t-on, quel message de réponse automatique, quelle gestion des statuts des comptes terminés dans les outils de gestion, comme le SIRH, dont on sait que les salariés archivés ou supprimés ne sont pas toujours comptés – donc facturés – pareil…

Ouh là on voit l’ampleur de la liste. Prévert n’a qu’a bien se tenir. Généralement, quand tout va bien, qu’on s’entend bien, et qu’on se sépare bon copain, ça se passe bien. Mais on le sait, les contrats de mariage, ce n’est pas fait pour les mariages mais pour les divorces !

Alors autant bien se préparer parce que parfois l’entreprise et sa fonction RH aimerait bien avoir un droit à l’oubli… Parce quand une séparation a été rude, qu’on s’est mis sur la tronche, les comptes mal tenus, c’est autant d’emmerdes pour la suite.

Détricoter n’est jamais plus facile que de tricoter si on veut le faire proprement et c’est en effet un angle mort dans certaines entreprises. Or, à grande échelle, cela devient un vrai sujet pour les montants en jeu, les risques sous-jacents, et les pertes de temps que cela peut générer.

Sans compter ce qui relève de l’information – le salarié par exemple qui te demande d’exercer son droit à l’oubli une fois parti et que tu es bien démuni pour apporter une garantie et l’opposer si besoin…

Qu’en est-il de la transmission des dossiers, des trucs laissés en bon ordre de marche, les passations de pouvoir à qui de droit, la capitalisation des savoirs tacites, … On ne peut certes pas tout maîtriser, mais on peut tenter de ne pas faire n’importe quoi.

Certains diront à quoi bon puisqu’ils partent. Dans certains cas, peut-être est-ce vrai mais on en doute pour une grande entreprise. Et on ne peut que recommander de s’occuper des sorties avec autant de rigueur que des arrivées.

Sans compter que si on dit que la première impression est toujours la bonne, le check-out c’est la dernière impression que l’entreprise laissera au collaborateur sortant. Sera-t-il demain un ambassadeur ? Ou sera-t-il dégouté que personne ne lui ai organisé de pot de départ ?

En résumé, s’assurer que tout est en ordre quand un salarié quitte l’entreprise avant d’avoir versé un solde de tout compte relève d’une bonne gestion qui ne se limite pas à vérifier qu’il a rendu ce qu’il doit rendre mais s’inscrit dans un processus de check out beaucoup plus complet.

J’ai bon chef ?

Oui tu as bon mais on ne va pas en faire toute une histoire.