Apprentissage et artisanat en France

Dans cet épisode nous allons parler d’apprentissage dans les métiers de l’artisanat.

Ah ces métiers que les uns regardent avec une condescendance mêlée de fausse bienveillance : « mon boucher », « mon coiffeur », comme s’ils leur appartenaient. Des métiers que d’autres admirent aussi, avec ce respect, qu’on devrait tous avoir.

… Qui pour le meilleur ouvrier de France comme pour celui du village, des compagnons du devoir à celui ou celle qui fait simplement bien son métier. Parce qu’il ou elle l’aime.

Et puis un jour tu as un devis à faire, ta toiture qui fuit, une fissure dans un mur, et hop 6 mois de délai. Là tu prends la mesure du sujet : on en manque cruellement. Alors diable pourquoi ne met-on pas plus en valeur ces métiers et ces filières !

Surtout quand tu sais qu’en 2021-2022 on a battu les scores d’apprentis en entreprise artisanale en France avec plus de 200 000 jeunes. Alors, où en est-on ? Apprentissage et artisanat en France, c’est quoi l’histoire ?

Pour faire un panorama plus précis du sujet, le baromètre ISM-MAAF de l’apprentissage en artisanat publié à la fin de l’été 2023 nous offre des informations riches et surtout encourageantes.

C’est vrai qu’on a, peut-être à tort je ne sais pas, cette impression qu’en France on n’a traditionnellement insuffisamment valorisé ces métiers. Alors qu’on n’a pas cette impression chez les anglo-saxons. Les raisons sont certainement à trouver dans une longue histoire mais c’est un autre sujet.

Ce qui est réjouissant dans les faits c’est d’observer que, selon ce baromètre, l’apprentissage dans ces métiers est en hausse. 14% de hausse deux années de suite. Ce n’est pas rien. Et une hausse qui s’observe presque partout en France (sauf la Corse et l’Aisne va savoir pourquoi), dans les grandes métropoles comme dans les zones rurales.

Même si, le baromètre souligne que « l’apprentissage artisanal reste deux fois moins développé en agglomération parisienne qu’à l’échelle nationale. » Ah le parisianisme et ses dégâts… Diable.

En outre toutes les filières métiers sont concernées. Celles qui ont toujours attiré des apprentis qui en attirent encore plus comme les métiers de bouche. Tiens tu savais que la boulangerie-pâtisserie est le premier secteur de formation des apprentis ?

On gardera donc notre image de baguette sous le bras et on continuera à se délecter de croissants au beurre !! On ne peut que s’en réjouir. Mais c’est aussi le cas des filières qui attiraient un peu moins. Elles aussi sont en hausse.

Les ambulanciers, le textile-habillement, la fabrication artisanale de bière, les biscuits. En hausse aussi.

Les dispositions légales ont certainement joué leur rôle dans cette hausse, cela va sans dire. Et c’est une bonne chose. Notamment pour les petites entreprises.

Bon on connaît le côté râleur du village de Gaulois… On en connaît qui ne manqueront pas de dire que ce sont des jeunes qu’on exploite faute d’embaucher des salariés.

Sauf que le baromètre ISM-MAAF nous enseigne que 65% des jeunes diplômés de cette manière trouvent un emploi dans les 6 mois contre 38% pour les filières scolaires classiques. Et le taux d’emploi dépasse 80% dans certaines filières comme les bouchers, les couvreurs, les ambulanciers.

Une bonne petite claque aux petites mauvaises idées reçues. On le sait, cela reflète aussi la réalité de la pénurie de main d’œuvre et les tensions auxquelles les entreprises de l’artisanat font face.

Va trouver un boucher tiens ! C’est évident que la pénurie cela joue. Mais c’est loin d’être la seule raison. Cela répond aussi à une attente des gens. Du sens, un métier concret, un vrai métier au fond. Chez les jeunes comme chez celles et ceux qui sont en reconversion.

Petit aparté. La reconversion professionnelle en japonais c’est « tenshoku » et cela vient de « ten » (le ciel) et de « shoku » (le métier). Un métier et cette image d’infini et d’élévation de la personne.

Est-ce la quête de sens dont on nous parle si souvent ? Peut-être. Ou tout simplement la noblesse d’un métier. Parce qu’au fond peut-être que les gens aiment leur travail, qu’ils aiment même bien le faire. Mais qu’ils se désengagent d’entreprises qui ne leur permettent pas de le faire honnêtement. Bref, on pose ça là.

Un métier ça unit, on s’y réfère, ça forge une identité. On est un « métallo » comme on est « fromager » ou « cheminot ». C’est noble. Le syndicaliste anarchiste Proudhon en 1932 parlait de la « volupté immense » de son métier de composteur en imprimerie[1]

D’un côté, une attente de beaucoup de gens et d’autre part un besoin des entreprises. Ce serait franchement stupide de ne pas chercher à développer les filières qui y mènent au mieux !

Donc lutter contre les idées reçues sur l’apprentissage en artisanat. Genre « tu es nul à l’école, tu es puni, tu finiras ébéniste ! » Au lieu de prendre conscience qu’il est peut-être bien plus noble de lire le fil du bois, plus dur de manier le fil à couper le beurre que… d’écrire des conneries dans des Powerpoints ou faire des posts de Growthhacker sur les réseaux !

En résumé, les métiers d’artisanat sont moteurs dans l’emploi des jeunes. Leur apprentissage est donc une dynamique à entretenir, en valorisant ces métiers parce qu’ils sont nobles et en sortant peut-être aussi d’un discours élitiste parisiano-centré.

J’ai bon chef ?

Oui tu as bon mais on ne va pas en faire toute une histoire

[1] Proudhon, P.-J. (1932). De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise. Editions Marcel Rivière.

Source de l’étude : https://www.maaf.fr/fr/files/live/sites/maaf/files/DOCUMENTS/maaf_com/Communiques_de_presse/20230825_CP_barometre_ISM_MAAF_apprentissage.pdf