Prendre soin de notre protection sociale ?
Dans cet épisode nous allons parler de notre modèle de protection sociale et nous poser la question des devoirs que cela suppose.
Ah la sécu… Aussi discrète quand il s’agit d’assurer nos arrières que moquée et affublée de tous les maux.
La sécu a eu 80 ans en 2025 et elle porte encore les stigmates des vannes de Coluche qui en disait « à la sécurité sociale, tout est assuré. Sauf la pendule. Ça, on ne risque pas de la voler, le personnel a les yeux constamment fixés dessus. »
Les Français adorent railler, et se plaindre, de leur administration, quel qu’en soit le statut d’ailleurs. Ils en ont besoin, comptent sur elle, mais à la première occasion, on la critique. Parfois, c’est vrai que c’est mérité.
La sécu comme les autres !
On connaît l’adage, « qui aime bien châtie bien » … Mais enfin, est-ce qu’on l’aime vraiment cette sécu ou est-ce qu’on en profite ? Alors, prendre soin de notre protection sociale ? C’est quoi l’histoire ?
Faut-il avoir été confronté une seule fois dans sa vie à un problème de santé à l’étranger pour prendre la mesure de la richesse de cette protection sociale ?
Les Français, et pas seulement eux d’ailleurs, en sont sans aucun doute conscients. Ils affirment leur attachement à ce modèle de protection sociale. Une enquête pour la Fondation Jean Jaurès et le groupe VYV en 2025 nous le rappelle.
On vous passe les remarques usuelles, échantillon représentatif de 1000 personnes, réalisée les 12 et 13 février 2025, méthode des quotas etc. On se concentre sur quelques résultats.
80% trouvent que le système français est meilleur que celui des autres pays, l’immense majorité affirme son importance dans leur vie de tous les jours, et 91% affirment leur inquiétude les concernant eux-mêmes quant à leur santé et la capacité à la soigner.
En un mot, ils y tiennent dur comme fer à ce modèle de protection sociale. Mais, dans le même temps, ils sont très pessimistes concernant son avenir. On vous épargne la litanie des chiffres, mais le constat est clair.
En bref, la sécu a 80 ans, les Français y tiennent et sont inquiets quant à son devenir.
Plus surprenant peut-être enfin, plus des deux tiers connaissent sa date de création. 1945. En même temps, on fête les 80 ans, l’enquête est en 2025, il suffit de savoir compter.
Et en matière de comptes, autant dire que les siens sont dans le collimateur ! Voilà pourquoi d’ailleurs les Français sont inquiets.
Mais voilà donc tout le sujet. Si on est inquiet, à chacune et chacun d’entre nous de la préserver non ? Prendre soin de ce qui prend soin de nous. L’inverse c’est un peu couper la branche sur laquelle on est assis, non ?
Premier pas de la danse, rappelons que la protection sociale en France, c’est un modèle qui repose sur la solidarité. C’est essentiel à comprendre. Ce n’est pas un droit à consommer que tu achètes ! Ce que tu payes, c’est ta contribution à la solidarité collective.
Elle est essentielle cette solidarité. C’est un des remparts de toute démocratie. Rappelons ces mots d’Albert Camus : « la démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. » Tout est dit.
Modèle solidaire, pilier de notre démocratie. Autant dire que notre protection sociale est un bien commun. Il n’appartient à personne en particulier, personne n’en détient des parts, mais il nous appartient à toutes et tous.
Il nous appartient à toutes et tous, donc à chacune et chacun d’entre nous, d’en prendre soin.
Voilà, on la voit la réponse ! La lutte contre la fraude. C’est ce que révèle aussi l’enquête. Premier enjeu cité en très grande majorité : lutter contre les abus et la fraude.
Mais c’est là où nous voulons en venir. La fraude il y en a certainement, comme dans tout système. Des abus aussi, là encore comme dans tout système. On a tous entendu au moins une fois, y compris chez celles et ceux qui exercent pour le compte de la protection sociale qui les nourrit, cette phrase…
« Je me mets en arrêt maladie »… Mais comment ça tu te mets toi-même en arrêt maladie ? Cela ne marche pas comme cela. Tu es malade, un professionnel de santé constate que cela justifie un arrêt maladie et te le délivre… si c’est nécessaire. Pas parce que tu le demandes.
Entre la fraude et les abus, qui existent, mais qu’on prête aux autres et nos propres comportements… C’est cela le pas qu’il faut faire si on y tient à ce modèle.
Dit autrement, si je tiens à cette protection sociale et que je suis inquiet pour son devenir, qu’est-ce que je fais personnellement pour contribuer à ce qu’elle aille bien ? Bien sûr, je ne fraude pas et je n’abuse pas. C’est les autres. Pas de ça chez moi !
Toute la question qui se pose au regard d’un édifice social qui constitue en tant que tel un bien commun est la suivante : suis-je moi-même respectueux de l’intérêt de ce bien commun ou est-ce que je fais passer mon intérêt personnel en priorité, quitte à ce que cela soit à son détriment ?
Un bien commun se mérite à la hauteur du bien qu’on lui fait.
Les questions qui viennent donc ensuite sont les suivantes. Est-ce que le développement de l’individualisme est compatible avec cette exigence du bien commun ? Est-ce que la préoccupation prioritaire de son bien être personnel également ?
Le 14ème baromètre de l’état psychologique des Français en 2025, réalisé par le Cabinet Empreinte Humaine, affirmait que 60% des salariés constataient une montée en flèche de l’individualisme au travail.
D’un côté, un modèle qui concerne la santé de tout le monde et qui repose sur un principe de solidarité collective et, de l’autre, hausse des préoccupations de bien-être et de l’individualisme qui grimpe.
Bien sûr on peut aussi se dire qu’il s’agit d’une mutation sociétale bien plus générale. Une hausse de l’individualisme qui ne témoignerait pas de personnes plus égoïstes, mais d’une volonté personnelle d’une plus grande autonomie individuelle.
Dit autrement, une société d’individus autonomes par rapport à une société fondée sur le collectif. Certes. Seulement voilà. N’est pas autonome qui le veut, certains ne le peuvent pas et cela renvoie à la protection des faibles comme pilier de la démocratie.
Et, d’autre part, cela renvoie à une question de cohérence. On ne peut pas à la fois être une société d’individus autonomes quand tout va bien, et appeler de ses vœux la protection d’un système fondé sur la solidarité quand il y a un pépin.
Chacun se sentira donc responsable, ou pas, de ce qui le protège. Et pour les fiers à bras qui fanfaronnent leur force et leur puissance, on dira simplement qu’on apprécie la force du plus fort à sa capacité à respecter et protéger le plus faible. Pas à l’ignorer.
Quoi qu’il en soit, collectivement, à la fin, on a les fruits de ce qu’on mérite.
En résumé, l’individualisme constitue un facteur de risque pour un modèle de protection sociale fondé sur la solidarité collective. Toutes celles et ceux qui veulent préserver ce modèle doivent donc en prendre soin c’est-à-dire agir de façon responsable à son égard.
J’ai bon chef ?
Oui tu as bon mais on ne va pas en faire toute une histoire.