IA et paradoxe de Jevons

Dans cet épisode nous allons nous demander si le paradoxe de Jevons est applicable à l’IA et pourquoi.

Plus c’est efficient, plus l’inefficacité de l’efficience est efficiente. Bah voilà.

Voilà quoi ? On dirait une phrase à la Coluche du genre « Moins il y a en a plus, plus il y en a moins »… Tu ne crois quand même pas qu’on va faire un podcast avec ça ? C’est quoi ton truc ? Refaire les pensées de Pierre Dac ?

Malgré les apparences, c’est plus que sérieux et on peut même se demander si ce que l’on observe avec l’IA n’en témoigne pas…

Nous voilà bien avancé Maréchal. Je veux bien qu’on mette l’IA à toutes les sauces mais le rapport avec ton efficiente inefficace, je ne comprends rien. Alors, IA et paradoxe de Jevons, c’est quoi l’histoire ?

On sait que l’IA véhicule tous les fantasmes, surtout pour celles et ceux qui ne s’y intéressent que de loin ou qui ont quelque chose à vendre… Cela fait monts et merveilles pour les uns, ça détruira toute humanité, à commencer par nos emplois, pour les autres.

L’une des craintes régulièrement formulée en effet c’est la destruction des emplois. Or, intuitivement on sent bien qu’elle est fondée.

Certes il y a les acteurs aux intérêts bien compris parce que l’IA est d’abord un marché. Mais il y a aussi l’expérience que nous en faisons et donc, les enseignements que nous en tirons.

Qui du community manager qui se demande bien à quoi il va pouvoir encore servir, des actrices et acteurs qui craignent de ne plus servir que de modèles d’entraînement d’une IA, bref la liste peut être longue.

A commencer bien sûr par les développeurs eux-mêmes. Le code est devenu si banal que n’importe qui peut fabriquer une application informatique en deux temps et trois mouvements. Enfin, presque.

Les joies ineffables de ce qu’on a déjà baptisé vibe coding. Les annonces fracassantes des cabinets de conseil et autres ESN ne font qu’alimenter ces craintes.

Ce sera peut-être la conséquence à l’avenir, qui sait, on ne va pas jouer les devins de pacotille. Mais on peut néanmoins se poser la question de ce qu’il en est déjà.

Aux Etats-Unis, on observe un phénomène qui pourrait être contre-intuitif. Depuis mai 2025 les offres d’emploi pour des ingénieurs développement n’ont cessé de croître selon Citadel Securities et Indeed.

On s’attendrait légitimement exactement à l’inverse non ? L’IA permettant de coder si facilement que cela va détruire des emplois de développeurs… et pourtant c’est l’inverse qu’on observe.

C’est là où intervient le fameux paradoxe de Jevons. On y va ?

William Stanley Jevons, c’est lui qui a mis en évidence en 1865 le paradoxe qui porte son nom. On ne s’attardera pas sur son ouvrage clef, « Sur la question du charbon » (Jevons, 1865) cela ne nous parlera pas.

Mais en substance, il montre, comme le dit Wikipédia, que « plus les progrès techniques ou technologiques permettent d’utiliser une ressource efficacement, plus la consommation totale de cette ressource a tendance à augmenter, au lieu de diminuer ».

Dit autrement, quand on rend quelque chose moins cher ou plus efficace, on finit par en utiliser encore plus qu’avant.

Notre vie quotidienne foisonne d’exemples concrets du paradoxe de Jevons.

Les imprimantes laser consomment moins d’encre par page que les anciennes. Résultat ? On imprime beaucoup plus de pages. La consommation totale d’encre a augmenté.

Les réunions en visio sont plus rapides et moins coûteuses qu’un déplacement, résultat on fait plus de réunions ! On en parle du boom post covid ?

Les emails sont peu coûteux, faciles à envoyer et instantanés, résultat ? On vous inonde plutôt que de vous envoyer quelques courriers papiers et autres notes de service d’un autre temps !

Le cloud stocke les données pour pas cher alors on stocke tout, on ne trie plus rien, et c’est l’inflation de données, qui ne serviront vraisemblablement à pas grand-chose.

Bref on a compris, l’idée centrale est la suivante quand le « coût » d’un truc baisse (en argent, en temps, en effort), les gens l’utilisent plus librement, plus souvent, pour plus de choses.

Et au final la consommation totale explose, même si chaque usage individuel est plus sobre.

Ce que ça veut dire concrètement c’est que rendre un outil plus efficace ne suffit pas à réduire sa consommation. C’est même une sorte de permis à consommer plus.

Avant l’IA, Claude Code etc. écrire une fonctionnalité informatique prenait du temps, maintenant c’est beaucoup plus rapide. Puisque coder coûte moins cher et va plus vite, on décide de faire beaucoup plus de choses qu’avant.

Des features qu’on n’aurait jamais lancées faute de ressources deviennent soudainement « faisables ». Le backlog s’allonge. Les projets se multiplient. C’est l’inflation de la ligne de code !

On embauche donc plus de développeurs parce que l’ambition a grandi. Et peut-être aussi parce qu’il ne suffit pas de pondre des lignes !

On peut s’interroger d’ailleurs sur de nombreux points qui ne rendent peut-être pas le SaaS obsolète aussi vite qu’on ne le croit. Notamment sur le fait que de la ligne de code au logiciel d’autres paramètres interviennent, celui de la responsabilité par exemple ou de la connaissance métier.

Mais au-delà de cela on peut y voir aussi une autre évidence. Même si le code est plus facile, on a toujours besoin d’une culture du développement pour bien utiliser l’IA et ses agents.

Dit autrement, certes des agents IA de conception, développement, tests etc. peuvent agir de concert en autonomie mais au fond ce qu’on délègue vraiment utilement c’est plutôt de l’exécution.

La fameuse méthode RARE dont nous avions déjà parlé ! On a donc besoin de développeurs qui ne sont plus des pisseurs de ligne mais des architectes qui savent se servir de l’IA et connaissent le métier de développement.Comme quoi, rien n’est jamais aussi simple qu’on nous le dit ! Et, en l’espèce, c’est peut-être bien mieux ainsi.

En résumé, la facilité de développement du code informatique grâce à l’IA conduit à ce qu’on développe plus qu’avant et comme on a toujours besoin de développeurs alors on en embauche, c’est le paradoxe de Jevons appliqué au développement informatique.

J’ai bon chef ?

Oui tu as bon mais on ne va pas en faire toute une histoire.