L’IA ou l’alibi facile
Dans cet épisode nous allons nous interroger sur l’utilisation de l’intelligence artificielle comme alibi qui sert un agenda caché.
On les connaît les caméras de surveillance devenues dispositifs de vidéoprotection, c’est pour votre sécurité donc pour votre bien braves gens… Dormez en paix comme disaient leurs prédécesseurs de l’époque.
On connaît aussi les prétextes en tout genre, du monde politique à celui de l’entreprise en passant par tout un chacun, quand ce que l’on vise n’est pas si vendable que cela et qu’on cherche à faire passer la pilule opportunément.
Pilule amère ou couleuvre à gober, c’est en effet un serpent de mer… Une petite technique manipulatoire qui repose justement sur le fait qu’on la gobe ou pas. Or, ce n’est pas toujours le cas, car les gens ne sont peut-être pas si naïfs que cela.
L’IA n’y échappe pas. Elle a bon dos elle aussi. Alors, l’IA ou l’alibi facile, c’est quoi l’histoire ?
Parfois la vie dissimule en effet des agendas cachés, qui ne relèvent d’ailleurs pas toujours de mauvaises intentions, si ce n’est que les intéressés préfèrent ne pas en faire étalage.
Il s’agit parfois aussi d’utiliser un bouc-émissaire ou un alibi externe pour justifier de décisions par ailleurs déjà prises pour d’autres raisons moins facilement communicables ou avouables.
Si on est habile d’ailleurs on peut tout à fait compter sur la « servitude volontaire » si bien décrite par La Boétie dans un texte encore fort éclairant aujourd’hui pour faire passer des mesures qui, in fine, pourraient bien s’avérer bien plus contraignantes que ce que les intéressés pensaient.
Tu réclames de la sécurité et bien tu seras surveillé. On voit le principe. Mais revenons à l’iA comme alibi.
Si l’iA est l’objet de tous les engouements hâtifs avec des promesses démesurées, comme il en va toujours ainsi quand une technologie s’empare du monde, c’est aussi le sujet de nombreuses peurs.
L’une d’entre elles évidemment c’est l’intelligence artificielle va prendre votre emploi ! Rationnelle ou pas, justifiée ou pas, on sait que le rapport entre IA et emploi inquiète de nombreuses personnes.
Quoi de plus facile alors que d’agiter cette peur ? Le principe est vieux comme le monde. Qui de la grande entreprise mondiale qui annonce qu’elle va supprimer de nombreux emplois dans la filière RH pour les remplacer par une IA.
Ou encore un grand cabinet de conseil international qui fait savoir à qui veut l’entendre qu’il va remplacer plein de petits consultants par de l’intelligence artificielle aussi.
Aux Etats-Unis on nous annonce ainsi déjà la matérialisation de prédictions de « jobs apocalypse » que Cassandre n’aurait pas reniée.
Une première lecture simpliste de ces annonces pourrait en effet venir nourrir ces peurs que nous avons évoquées. Mais c’est peut-être justement un peu simpliste.
En tout cas, à défaut d’être dans le secret des Dieux et de savoir avec certitude ce qui se cache derrière tout cela, on peut au moins poser quelques questions.
La première question est plus que simple et ce n’est certainement pas la première fois qu’on verrait cela. Est-ce que l’IA ne servirait pas là de formidable alibi pour justifier des licenciements massifs qu’on aurait dû ou voulu faire de toute manière ?
Elle aurait bon dos l’intelligence artificielle. Dans le cas des consultants on voit bien l’idée. Ces pauvres consultants qui malgré tous les efforts que nous faisons pour les former n’arrivent pas à suivre… Il va bien falloir s’en séparer non puisqu’aucun avenir raisonnable ne se dessine pour eux.
Ceci n’aurait bien sûr strictement rien à voir évidemment avec une baisse d’activité et une perspective économique morose et incertaine conduisant à ce que le taulier préfère réduire la voilure.
Le vent se lève, la tempête s’annonce, baissons les voiles et c’est la faute des mouettes. Pirouette – cacahouète.
Cela tombe d’autant mieux que ces mêmes entreprises ont bien compris que les services qu’elles vont vendre dans cette ruée vers l’or de l’iA, et bien c’est tous les services qui vont autour.
On fait donc d’une pierre deux coups. Une opération de prudence en réajustant les effectifs et une campagne de pub en faveur de ce qu’on va vendre. Le tour est joué.
Mais qu’en est-il alors lorsqu’il s’agit d’une fonction comme la RH qu’on prétend remplacer par de l’IA ? Même si on vend des services d’IA ? On comprend l’effet coup de publicité en agitant les peurs mais on peut vraiment remplacer la fonction RH par de l’IA ?
Ce serait le second coup de pub… dans le registre, vous voyez bien qu’on peut alors faites comme nous ! Et on vous vendra de l’IA et de la transformation !
Après tout, si l’on a une conception pauvre de la fonction et qu’on la réduit à ses seuls aspects purement mécanistes et processés, pourquoi pas tenter le coup en effet. Il ne s’agit alors que d’une étape de plus dans le digital comme levier de productivité de la fonction dans son ensemble.
Mais réduire la fonction RH à cette seule dimension, c’est en avoir une conception pauvre ou erronée ou cela revient à dire qu’au fond, on n’a jamais eu de fonction RH. En tout cas, cela interroge sur cette conception !
La RH aurait-elle été sacrifiée pour faire un gros coup de pub ? Qui ira vérifier la matérialité de telles annonces.
Comme souvent, les effets d’aubaine accompagnent les évolutions technologiques dès lors qu’il y a un marché colossal qui semble s’ouvrir. Voilà qui invite donc à prendre ce genre d’annonces avec un peu de recul.
Comme disait le marquis de Vauvenargues « le prétexte ordinaire de ceux qui font le malheur des autres est qu’ils veulent leur bien. »
En résumé, l’intelligence artificielle sert parfois d’alibi à certains pour justifier des décisions – des licenciements par exemple – qui sont prises pour d’autres raisons comme une baisse d’activité. Il y a là même parfois un véritable effet d’aubaine quand on vend des services liés à l’IA.
J’ai bon chef ?
Oui tu as bon mais on ne va pas en faire toute une histoire.